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Enseignement primaire

Pratique :
Que répondre aux questions d’élèves sur la composition d’un bonbon ?

Nous apportons des réponses pratiques ou des éclairages aux témoignages publiés dans un hors-série de Charlie Hebdo. Dans cet article, retour sur la composition des bonbons donnés aux enfants.

C’est dans la section « Tout est foutu ou presque » que Charlie Hebdo décide de livrer deux anecdotes concernant des bonbons distribués aux élèves. L’heure est donc grave.

Page 30, E., éducateur sportif, raconte : « Remise des prix…Les sachets de bonbons H… arrivent directement à la poubelle. En cause, la crainte du porc ! Une petite fille de 5 ans me demandait : ‘Le bonbon est halal ?’ On ne cherche pas à comprendre : c’est poubelle ou en cachette dans les douches des vestiaires… » On ne saura pas si la petite fille mange les bonbons en cachette, ou s’en débarrasse.

Quoiqu’il en soit, si elle pose une question, c’est bien qu’elle « cherche à comprendre », contrairement à ce qu’affirme E. qui ne nous dit pas ce qu’il lui a répondu. Et si elle le jette ou si elle le mange en cachette dans les douches des vestiaires (deux attitudes contradictoires sur lesquelles E. ne nous renseigne pas), c’est bien qu’elle a finalement compris qu’il y avait de la gélatine du porc, ou si tel n’est pas le cas, que le refus éventuel de l’éducateur de répondre ne l’a pas satisfaite. On peut s’étonner par ailleurs du vocabulaire utilisé : la « crainte » du porc, ce qui renvoie la décision de ne pas manger de porc à une peur.

On retrouve la même mépris pour le questionnement des élèves dans le témoignage de M., institutrice en CP : « Depuis six ou huit ans, les élèves, même en CP, demandent si les bonbons que je distribue pendant les goûters d’anniversaire ou les fêtes de l’école sont à la gélatine de porc et ne s’occupent pas de religion, et en général, comme ils ne comprennent pas la réponse mais adorent les bonbons, ils en prennent. »

Même si la situation est celle d’un goûter, est-ce vraiment enseigner les valeurs républicaines et respecter les missions de l’école laïque que de ruser avec des enfants en exploitant leur ignorance d’un concept auquel on est censé commencer à les former ? Faut-il vraiment les inciter à consommer des sucreries, déconseillés par les recommandations officielles données par l’Éducation nationale en matière d’éducation à l’alimentation ?

Il ne s’agit pas de restreindre le plaisir d’un goûter, mais bien de se poser les bonnes questions. Pourquoi, au lieu de mépriser la parole des enfants comme nous y invitent ces deux témoignages, ne pas prendre au sérieux leur souci de connaître la composition d’un produit pour l’appliquer à des enjeux qui sortent de la religion ? Par exemple en répondant aux questions posées dans les témoignages par une réponse adaptées à l’âge des enfants, dont la trame pourrait être : « Oui il y a de la gélatine de porc (ou non, il n’y en a pas). Mais tu me parles d’une interdiction qui concerne ta religion, et que l’école n’a pas forcément1 à prendre en compte. Évidemment, comme l’école ne se mêle pas de religion, tu as le droit de manger ce bonbon ou de ne pas le manger. Par ailleurs, il y a d’autres éléments dans ce bonbon qu’on peut regarder et sur lesquels on doit discuter, comme par exemple sa composition en sucre. »

La curiosité née d’une règle religieuse peut ainsi être déviée vers un sujet que l’école laïque peut et doit traiter dans le cadre de l’éducation au goût et aux enjeux nutritionnels dont on peut prendre connaissance à cette page du site Eduscol.

1 Rien n’empêche de reprendre les recommandations institutionnels donnés au sujet de la cantine et de les adapter à la situation d’un goûter, même si des questions logistiques peuvent freiner ces principes : les cantines ne doivent pas fournir de nourriture consacrée, mais peuvent fournir des alternatives permettant de respecter un interdit, comme un menu de substitution au porc.