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Histoire de la laïcité

Ressource :
« L’Église et l’État en France. 1905 : La crise de la Séparation », M. Larkin, 2004

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L’historien américain spécialiste de l’histoire française fait un retour utile sur la loi de 1905 en s’appuyant notamment sur des archives inédites, et dans un style très dynamique.

Référence :

Maurice Larkin, L’Église et l’État en France. 1905, la crise de la séparation, Privat, Toulouse, 2004.

Ressource :
« Les sept laïcité françaises », J. Baubérot, 2015

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L’auteur propose une vision pluraliste et dynamique des laïcités en France. Selon lui, « il n’existe pas de « modèle français » unique de laïcité mais des visions divergentes qui s’affrontent dans un rapport de forces toujours évolutif. Ainsi le contenu de la loi de 1905 a représenté un enjeu entre quatre conceptions différentes de la laïcité. Celles-ci ont subsisté en s’adaptant, alors que trois « nouvelles laïcités » sont apparues. Ces sept laïcités, l’auteur nous les décrit en les qualifiant de : laïcité antireligieuse, laïcité gallicane, laïcité séparatiste stricte, laïcité séparatiste inclusive, laïcité ouverte, laïcité identitaire et laïcité concordataire. Une partie finale rend compte des mutations de la laïcité depuis la fin du XIXe siècle et effectue des hypothèses sur son devenir. »

Référence

Jean Baubérot, Les Sept Laïcités françaises. Le modèle français de laïcité n’existe pas, Maison des sciences de l’homme, Paris, 2015.

 

Ressource :
« La séparation des Églises et de l’État », JM Gaillard, 2004

 

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Cette anthologie de textes fondateurs autour de la loi de 1905 est très utile pour préparer des cours.

Référence :

Jean-Michel Gaillard (dir), 1905, La Séparation des Églises et de l’État, Tempus, Paris, 2004.

 

Actualite :
13 Nov 2015 - Le vin monte à la tête de Michel Onfray

Interrogé sur le vin, l’islam et la France par La Revue du Vin de France (30 octobre 2015) Michel Onfray réussit le tour de force de produire 8 inepties en 4 phrases. Autant de preuves que plus rien ne contrôle son islamophobie, pas même le minimum de rigueur qui l’empêche de voir à quel point sa théorie du Grand Remplacement viticole est inconséquente.

La revue des vins de France a trouvé le moyen d’inclure une question sur l’islam dans son interview de Michel Onfray : Certaines religions comme l’islam, interdisent la consommation d’alcool, quelles questions posent ces pratiques religieuses qui tranchent avec la tradition viticole de notre pays ?

Qui n’attendait qu’une réponse tout aussi caricaturale :

« Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre. Si la France devait un jour ne plus être ce pays, son rapport au vin se modifierait ! L’Algérie a connu une époque ( de 1830 à 1962) où le vin était cultivé, elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Pétrus pour arracher ses vignes, peut-être serions-nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants. »

Il est temps de déconstruire point par point la réponse de Michel Onfray entre fantasmes islamophobes et apologie de la colonisation :

1 – « Tant que la France restera un pays judéo-chrétien… »

En fait, la France est un pays laïc. Confondre un passé chrétien avec une identité et/ou des racines est une ineptie historique et politique. Et accoler une identité juive à la France, c’est nier l’antisémitisme qui a marqué l’histoire de ce pays et qu’ont subi les juif-ves en France.

2 – « … Le vin sera libre »

En fait, la vente et la consommation du vin, comme de tout alcool, sont réglementées et leur liberté bornée. Le vin n’est donc pas libre (pour peu que cette phrase ait un sens, d’ailleurs), et ce ne sont pas les musulman-es qui en sont responsables.

3 – « Si la France devait un jour ne plus être ce pays… »

En fait, c’est déjà le cas, comme indiqué plus haut : la France n’est pas judéo-chrétienne. Mais Onfray évoque ici sans le dire le « Grand Remplacement » et fait l’hypothèse d’une domination de la France par des musulman-es. Même sous forme hypothétique, Onfray cautionne et relaie les délire paranoïaques, racistes et islamophobes de Renaud Camus, Michel Houellebecq, Eric Zemmour, Nadine Morano et bien d’autres.

4 « …Son rapport au vin changerait. »

En fait, le « rapport de la France » au vin, pour peu que cette expression ait un sens, change constamment, sans qu’il y ait besoin de faire l’hypothèse terrifiée d’une domination politique par les musulman-es. Cela peut par exemple se faire sous le coup de lois bien républicaines et bien laïques qui visent la santé publique – ce qu’Onfray évoque lui-même dans la question précédente, où il critique la loi Evin.

5 « L’Algérie a connu une époque (de 1830 à 1962) où le vin était cultivé… »

En fait, cette période est celle de la colonisation française, où la culture du vignoble a été imposée aux Algérien-nes en leur volant leurs terres. Onfray entonne donc un nouveau refrain de la chanson de Michel Sardou « Le joli temps des colonies ». Tout en saluant de façon implicite le fabuleux travail civilisateur de la France venue apporter les bienfaits de la vigne et du vin, il masque le vol des terres, la violence envers les paysans, le déséquilibre de l’agriculture que ces pratiques ont suscitées. Mais qu’est-ce que cela vaut face au goût d’un verre de vin ?

6 « … Elle en a connu une autre où les vignes ont été arrachées. »

En fait, les vignes ont été arrachées surtout à partir des années 1970, en réponse aux menaces du gouvernement français qui menaçait de boycotter le vin algérien et aux tentatives de l’exporter à bas prix ailleurs, notamment en URSS. L’histoire viticole algérienne n’est pas déterminée par la religion, mais bien par la politique néo-coloniale de la France.

7 « S’il venait à l’idée du Qatar d’acheter Petrus pour arracher ses vignes… »

En fait, Onfray imagine les hommes d’affaires du Qatar si abrutis qu’ils achèteraient des vignobles non pour faire du profit, mais pour empêcher les braves Français.es de boire du vin. Vous croyiez qu’un philosophe répondait à des questions sur le vin, vous avez en fait un mauvais scénariste de films d’espionnage franchouillard et raciste.

8 « …peut-être serions nous plus regardants sur le patrimoine que nous bradons désormais aux pays les plus offrants. »

En fait, 2 % du vignoble français en moyenne sont détenus par des étranger.ères, avant tout chinois.es, britanniques, suisses, américain.es, allemand.es, néerlandais.es. On peut trouver que c’est peu ou que c’est beaucoup, que c’est le signe de l’attractivité de ce secteur ou une menace pour le patrimoine français. Mais au vu de la diversité des nationalités des acquéreurs du vignoble réel, on est en droit d’interroger la pertinence de l’hypothèse imaginaire prise par Onfray : le Qatar, censé illustrer l’iresisitible conquête de l’islam de nos contrées « judéo-chrétiennes ».

PS : Les bêtises islamophobes d’Onfray ne doivent pas faire oublier la responsabilité du magazine dont la question était sans ambiguïté possible stigmatisante.

[Tribune du Collectif Enseignant pour l’Abrogation de la Loi de 2004 initialement parue sur Contre-Attaque(s) le 13 novembre 2015]

Actualite :
30 Oct 2015 - Quand Marianne falsifie (une fois encore) la laïcité

Dans son numéro du 23 octobre 2015, dans la rubrique « ce que Marianne en pense», l’hebdomadaire publie un article signé par Laurent Nunez et intitulé «La nouvelle définition de la laïcité ou l’injonction au silence ». Selon Marianne, une des recommandations du livret de la laïcité, récemment diffusé par le Ministère de l’Education nationale, imposerait de ne pas distinguer « le savoir du croire ».

 

 1. « Ce qui reste au travers de la gorge, c’est l’incroyable demande faite à tous les professeurs de ne plus jamais distinguer « le savoir du croire » »

 

FAUX

 

Dans l’éditorial du livret, la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem écrit : « Avec les lois de 1882 et 1886 instituant la laïcité des enseignements et la neutralité des personnels, l’école publique a porté la laïcité avant même la loi de 1905, comme principe qui permet la cohabitation de ceux qui ont des convictions religieuses différentes et également de ceux qui n’en ont pas. C’est ce principe exigeant qui, en transformant les enfants en élèves, en distinguant le savoir du croire, crée un cadre propice aux apprentissages, établit les règles de la vie scolaire et fonde l’autorité des maîtres. » (page 3)

C’est précisément parce qu’un-e enseignant-e doit amener les élèves à distinguer savoir et croire que la comparaison ou la confrontation entre croyance religieuse et savoir scientifique doit être évitée.C’est bien parce qu’une théorie n’est scientifique qu’à condition d’être « falsifiable », de pouvoir être testée et contredite empiriquement qu’elle ne s’oppose pas à la croyance. Comment faire comprendre que science et religion n’ont rien à voir si on impose aux élèves, enfants ou adolescent-es en construction, une hiérarchie entre les deux au nom du « vrai » ?

 

2. « Que me reste-t-il à faire, si je ne peux devant mes élèves ni comparer ni confronter des propositions ? Je me tais… »

 

FAUX

 

Le livret est très clair sur le sujet : « Les enseignants doivent être en mesure de répondre à des objections même lorsque celles-ci sont de nature religieuse. Si « aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique », ainsi que le stipule l’article 12 de la Charte de la laïcité, relever et traiter les objections des élèves, de quelque nature qu’elles soient, relève de la pédagogie ordinaire. Sans se risquer à la comparaison des discours scientifiques et religieux, il est tout à fait possible de déconstruire l’argument d’un élève comme on le ferait de n’importe quelle objection. Enseigner, c’est aussi savoir instaurer un dialogue avec ses élèves à l’intérieur de la classe. »

Le livret invite donc l’enseignant-e à dialoguer et rappelle que cela fait partie de ses missions que de répondre à toutes les objections des élèves. On peut débattre de savoir si la formation des profs est suffisante pour tenir un tel objectif. Et que des professeur-es s’angoissent de ne pas en être capables devrait être entendu et relayé par les médias. Mais affirmer que ce livret appelle les enseignant-es à renoncer à leur travail et à se taire en cas d’objection à leur enseignement est une contre-vérité qui détourne l’attention de la question essentielle des moyens dévolus à la formation.

 

3. Une « nouvelle définition de la laïcité », comme le dit le titre de Marianne ?

 

FAUX

 

« L’instituteur se doit, doit à ses élèves et doit à l’Etat de ne prendre parti dans l’exercice de ses fonctions ni pour ni contre aucun culte, aucune église, aucune doctrine religieuse, ce domaine étant et devant rester le domaine sacré de la conscience. » Il s’agit d’un extrait de l’article « laïcité » du Dictionnaire de la pédagogie de Ferdinand Buisson qui date de 1911. Et l’ensemble des défenseurs de la laïcité avait à cœur de séparer l’État des cultes tout en garantissant la liberté de conscience, y compris celle des élèves. On peut être en désaccord avec ce principe, le faire savoir, le faire évoluer. Mais présenter sa réaffirmation par le ministère actuel comme une « nouvelle » définition de la laïcité, qui trahirait l’esprit des fondateurs, c’est faire acte d’ignorance ou de malhonnêteté intellectuelle.

Au regard de lois qui ont plus de 100 ans, c’est bien la mesure votée en 2004 qui relève d’une nouvelle définition de la laïcité trahissant l’esprit des fondateurs. En interdisant aux élèves tout signe religieux jugé ostensible, la loi de 2004 étendait le devoir de neutralité qui s’imposait aux professeur-es aux enfants eux/elles-mêmes – trahissant et l’esprit, et la lettre, des mesures préconisées par Ferry, Briand ou Buisson. Cette mesure, pourtant stigmatisante, car s’en prenant essentiellement aux jeunes femmes musulmanes voilées, fait l’objet de nombreuses pages du livret. Marianne n’en parle pas comme une « nouvelle » définition de la laïcité.

 

4 « J’obéis aux programmes et j’enseigne à mes élèves de 3e les théories de Darwin sur l’évolution des espèces. »

 

FAUX

 

Les programmes de collège en troisième comporte un chapitre « évolution des êtres vivants et histoire de la terre » et l’évolution est un axe directeur de l’enseignement de la SVT. Ces programmes ne demandent pas d’enseigner « les théories de Darwin », mais la théorie de l’évolution, dont Darwin a formulé un aspect, celui de la sélection naturelle – ses conceptions ont été nuancées et complétées par un siècle et demi de recherche scientifique Prendre cet exemple, c’est faire fond sur les discours des lobbys créationnistes et de leurs affabulations pseudos-scientifiques, c’est laisser croire que la science n’évolue pas avec les recherches.

Autrement dit, enseigner Darwin comme un dogme (et non comme une étape dans la recherche en biologie) constituerait une atteinte à la laïcité puisque cela conduirait à transformer le savoir (toujours soumis à la discussion critique et à l’évolution) en croyances auxquelles les élèves devraient adhérer de manière non-critique. En dévalorisant ainsi la science, on s’expose en effet à des conflits idéologiques en lieu et place d’une réflexion critique. C’est bien Marianne qui confond le croire et le savoir et attise des conflits qui n’ont pas de fondement scientifique.

 

5. L’évolution et le Big Bang seraient les notions les plus menacées par les religions et les élèves seraient les premiers responsables des atteintes à la laïcité et aux programmes.

 

FAUX

 

C’est pourtant le message qu’adresse Marianne à son lectorat en prenant ces deux exemples sans rappeler les atteintes passées aux programmes et à la laïcité. En France, le genre est la notion scientifique la plus menacée. En 2014, sous la pression de lobbys religieux, le gouvernement a renoncé à des outils de lutte contre le sexisme et l’homophobie fondés sur ces recherches scientifiques, notamment les « ABCD de l’égalité », un ensemble d’outils pédagogiques déployés de manière expérimentale dans des classes de maternelle et de primaire. Pour le dire clairement : des programmes ont été modifiés et une notion scientifique rejetée suite à l’action de groupes religieux, et cela ne concerne pas l’évolution, ni le Big Bang (qui du reste n’est pas inscrit dans les programmes), mais bien le genre.

Bien sûr, le livret de la laïcité, gouvernemental, ne va pas revenir sur cette improbable lâcheté politique et anti-laïque. Bien sûr Marianne est trop loin des réalités de terrain, trop concernée par la défense des intellectuel-ls réactionnaires contempteurs du genre (Finkielkraut, Onfray) pour le voir. Mais il n’en reste pas moins que la plus grave remise en cause de la laïcité à l’école en France a été le retrait des ABCD de l’égalité, et que cette remise en cause est le fait du gouvernement, et notamment de Manuel Valls. Ce qui n’empêche pas Marianne de le célébrer comme chantre de la laïcité persécuté dans son dossier paru aujourd’hui