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La laïcité en débats

Actualite :
31 Oct 2016 - Soutien à Jean Baubérot

Enseignant-es dans le 93, nous apportons tout notre soutien à Jean Baubérot, historien et sociologue avec qui nous avons rédigé un Petit manuel pour une laïcité apaisée et qui subit des attaques de la polémiste Caroline Fourest.

Méthodique, rigoureux, Jean Baubérot s’est, au cours de notre collaboration, ouvert à nos points de vue de professeur-es en zone d’éducation prioritaire.

De nombreux-ses polémistes s’auto-proclament spécialistes de la laïcité et contribuent par leur manque de travail et de connaissances de terrain, à entretenir une atmosphère de guerre civile dans la société. Ces polémistes dissimulent les vraies priorités de l’école, notamment dans les quartiers populaires : les conditions sociales catastrophiques dans lesquelles vivent nos élèves et leur famille, le manque de moyens, la disparition des services publics, les inégalités structurelles des moyens dévolus par l’État aux écoles en France.

Jean Baubérot a su reconnaître notre expérience de terrain. Grâce à lui, en confrontant nos connaissances et nos pratiques, nous avons pu produire un outil qui vise à prévenir les conflits que le religieux et la laïcité pourraient faire naître en classe, cadrer les débats sur ces questions en distinguant le cadre juridique de la laïcité, son histoire et les débats que cette notion peut susciter, et contribuer à ce que de faux débats sur la laïcité à l’école cessent, comme c’est le cas depuis vingt ans, de masquer les urgences qui devraient être au centre de l’attention de chacun-e.

Caroline Fourest fait partie de ces polémistes, qui, depuis 15 ans, laissent penser que les tenues que portent nos élèves sont des menaces bien plus graves que les inégalités de financement par l’État, que le non-remplacement chronique des profs, que la vétusté des locaux ou du matériel, que la diminution des moyens pour assurer des interventions de prévention du sexisme ou de l’homophobie, l’insuffisance des aides pour les élèves handicapé-es, etc.

Elle répand ses discours en enchainant erreurs, approximations et demi-vérité, insinuations et attaques personnelles. Nous apprenons à nos élèves à débattre et exprimer des conflits en respectant leurs interlocuteur-rices, en évitant la mauvaise foi et les invectives. Faut-il leur tenir un autre discours, et leur expliquer qu’en utilisant de telles méthodes, en rabaissant sans cesse le débat d’idées, ils et elles passeront à la télévision comme Caroline Fourest ?

Dans son dernier billet de blog, elle reproche à Jean Bauberot de refuser tout débat avec elle. La polémiste doit descendre de sa tour d’ivoire : personne ne lui doit rien, et personne n’a à se justifier de quoi que ce soit auprès d’elle. Débattre avec Caroline Fourest quand Caroline Fourest l’exige n’est pas un devoir républicain, et aucune personne ne devrait avoir à lui présenter un mot d’excuse.

Mais si elle ne comprend pas pourquoi tant de spécialistes rigoureux-ses refusent de débattre avec elle, qu’elle en prenne enfin conscience : dans l’état actuel de ses méthodes, on ne peut pas débattre avec Caroline Fourest, on ne peut que corriger ses erreurs, et c’est épuisant.

Nous renouvelons notre soutien à Jean Baubérot.

apaisée

Anaïs Flores, Paul Guillibert, Caroline Izambert, Florine Lepâtre et Jérôme Martin sont membres du Cercle des enseignant-es laïques et ont co-rédigé avec Jean Baubérot un Petit manuel pour une laïcité apaisée paru aux éditions La Découverte.

[Tribune initialement parue sur Médiapart le 31 octobre 2016]

Actualite :
12 Oct 2016 - Genre et laïcité: la responsabilité du gouvernement

En refusant de défendre le genre face aux lobbys religieux réactionnaires, le gouvernement s’est rendu responsable d’une triple défaite : de la laïcité, de la science et des luttes contre le sexisme et l’homophobie.

 

Imaginons. Juin 2014 : le gouvernement socialiste annonce le retrait des établissements scolaires de tous les manuels de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Ils sont remplacés à la rentrée suivante par des livres ne mentionnant plus l’évolution. Septembre 2016 : le pape s’offusque publiquement des manuels de SVT en France qui parleraient trop d’évolution, déformant les pensées des enfants. La ministre de l’Éducation nationale lui répond qu’il est mal conseillé et que l’évolution n’apparait pas dans les manuels français.

Impossible ?

Ce qui semblerait inimaginable pour les sciences naturelles s’est pourtant produit pour les sciences sociales : le gouvernement socialiste a bien fait retirer les ABCD de l’égalité, ces outils de prévention du sexisme et de l’homophobie fondés sur les études scientifiques sur le genre, en juin 2014 ; et cette semaine, la ministre de l’Éducation nationale a bel et bien donné des garanties au pape que le genre n’était pas mentionné dans nos manuels scolaires.

Le genre, que la ministre et son gouvernement ont refusé de défendre face aux attaques de lobbys religieux réactionnaires, est un concept validé des sciences sociales. Les études sur le genre mettent à jour les processus inégalitaires qui sont à l’œuvre derrière la définition des sexes. Les résultats de ces recherches scientifiques sont donc indispensables pour lutter contre le sexisme, l’homophobie ou la transphobie.

En retirant les ABCD, en censurant le mot « genre » des documents institutionnels et des intitulés de formation, le gouvernement s’est rendu responsable d’une triple défaite : défaite de la laïcité, puisqu’il a laissé un lobby religieux réactionnaire dicter les contenus d’enseignement et les outils pédagogiques utilisés au sein de l’Éducation nationale ; défaite de la science et victoire de l’obscurantisme, puisqu’il a discrédité un concept scientifique ; défaite des droits des femmes et des personnes lesbiennes, gaies, bi et trans, puisqu’il prive l’école et la société d’outils nouveaux, destinés à combattre les préjugés et les violences contre les femmes et les minorités sexuelles.

[Tribune initialement parue sur Médiapart le 12 octobre 2016]