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Racisme d’État

Pratique :
Charlie Hebdo et le racisme anti-rrom

À plusieurs reprises, le choix de Charlie Hebdo de publier dans son hors-série des témoignages anonymes, décontextualisés et sans confrontation de point de vue l’amène à relayer des propos ouvertement racistes. En voici un exemple avec de la rromophobie décomplexée.

Page 14, M., professeur de lettres en collège en Île-de-France depuis une quinzaine d’années, estime que ses collègues qui trouvent Charlie Hebdo misogyne, raciste et homophobe sont aussi ceux qui justifient « le comportement très perturbateur, insolent, grossier et irrespectueux de quelques élèves rrom au prétexte qu’ils n’auraient pas les mêmes codes, la même culture que nous. » M. n’hésite pas à parler de « racisme à l’envers » qu’il définit ainsi : « considérer que l’autre est tellement différent qu’on ne peut pas chercher à exiger de lui un comportement normal d’élève, préalable à tout apprentissage. »

M. n’apporte pas la moindre preuve de ce qu’il avance au sujet de ses collègues. Il est donc impossible de commenter ce témoignage si ce n’est en se demandant ce que le comportement de quelques élèves rroms a à voir avec la laïcité, et de s’étonner que l’origine de ces élèves leur vaille ce traitement particulier de la part de M. N’y a-t-il donc que des élèves rroms parmi les perturbateurs du collège où il exerce ?

On peut par contre commenter l’expression « racisme inversé ». M. est enseignant, en Lettres. Il est donc doublement tenu de maîtriser le poids des mots. Les journalistes ont aussi cette responsabilité, quand ils remplissent leur mission. L’idée de « racisme inversé », comme le concept de « racisme anti-blanc », a été théorisée par l’extrême-droite en France, notamment le Front national. Que Charlie Hebdo le reprenne en dit long sur la victoire idéologique de l’extrême-droite, et sur l’abdication de ce journal face aux idées racistes.

Dans le texte de délation de M., l’expression vise à dénoncer un laxisme qui accorderait à ces élèves un traitement de faveur, tout comme le Front national (vite copié par d’autres mouvements politiques) dénonce le « laxisme » de la France face aux migrantEs. Les jeunes rroms seraient donc privilégié-es.

Selon un rapport de 2014 de l’European Roma Rights Center, « plus de la moitié des enfants [roms] ne sont pas scolarisés, alors que l’instruction est obligatoire en France de 6 à 16 ans. Dans près de 60% des cas cela était dû au refus des mairies d’inscrire les enfants roms à l’école. »

Le comité des droits de l’enfant des Nations-Unies (page 17 de ce rapport), le Défenseur des droits (page 33 de son rapport de 2016 sur les droits de l’enfant) partagent le même constat. En 2016, le Collectif pour le Droit des Enfants Roms à l’Éducation (CDERE) publiait une enquête sur les jeunes rroms d’Ile-de-France. 53 % étaient déscolarisés, contre 7 % d’enfants déscolarisés en population générale.

Mais Charlie Hebdo préfère parler de « racisme inversé » et laisser entendre que ces jeunes seraient des privilégié-es de l’institution.

Ressource :
« Le foulard islamique en question », Ch. Nordmann, 2004

 

Couverture de l'ouvrage

Ce recueil comprend de nombreuses interventions (notamment d’Étienne Balibar, Pierre Bourdieu, Nacira Guénif-Souilamas, Nilüfer Göle, Todd Shepard, Pierre Tevanian…). Il se présente comme une mise au point interdisciplinaire des polémiques sur le foulard islamique de 1989 à 2004. On peut lire un compte-rendu détaillé de l’ouvrage dans le numéro 25 de la revue Nouvelles Questions Féministes (voir à ce lien).

Référence :

Charlotte Nordmann (dir.), Le Foulard islamique en question, Amsterdam, Paris, 2004.