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Vie scolaire

Pratique :
« Un appel à la prière sonne en classe sur un téléphone » ?

Nous apportons des réponses pratiques ou des éclairages aux témoignages publiés dans un hors-série de Charlie Hebdo. Dans cet article, retour sur le traitement laïque d’une perturbation sonore.

Page 38, S., professeur d’histoire-géo et d’EMC, énumère des « exemples concrets » d’atteintes à la laïcité. Le premier consiste en « un appel à la prière qui sonne sur le téléphone en classe car l’élève a ‘oublié’ d’éteindre son portable. Certes l’élève sera sanctionné (sur le fait que le téléphone a sonné…) mais le message est bien passé devant tous les élèves… »

La sonnerie d’un téléphone portable en classe est un incident gênant, mais très courant. Pour S., l’atteinte à la laïcité semble prouvée par la nature du bruit émanant du smartphone (un appel à la prière émanant d’une application spécialisée), mais aussi par les motivations de l’élève. Les guillemets dans le témoignage montrent que l’enseignant ne croit pas la version de l’élève qui aurait « oublié » d’éteindre le téléphone. S. estime par ailleurs que « le message est bien passé devant tous les élèves ». Sans qu’il ne précise quel serait ce message, on perçoit bien une accusation de prosélytisme que rien dans le témoignage ne vient étayer. S. semble par ailleurs reprocher à l’institution de n’avoir « sanctionné » l’élève que pour le dérangement de la sonnerie, non pour l’atteinte à la laïcité.

Or, face à la situation décrite, la laïcité implique précisément de ne pas tenir compte de la nature de la sonnerie. Aux yeux du règlement intérieur et des règles de vie de classe, il est indifférent que la sonnerie soit un appel à la prière, une notification d’un jeu, un appel de la famille ou le dernier morceau de Mylène Farmer. Le principe laïque de neutralité invite à ne pas traiter différemment la situation sous prétexte que la sonnerie aurait une vocation religieuse. Ce serait par ailleurs contre-productif, puisque cela pourrait donner l’impression aux autres élèves que d’autres perturbations sonores seraient moins graves, voire tolérées.

L’atteinte à la laïcité aurait été consommée si l’élève avait revendiqué un droit à perturber le cours avec une telle application parce que l’heure de la prière lui paraitrait plus importante que le respect du cours et du règlement intérieur. Mais tel n’est pas le cas, puisque l’élève affirme avoir oublié d’éteindre son téléphone et que rien ne permet de douter de sa bonne foi. On sait par exemple que ces applications, tout comme celles qui permettent de signaler aux malades chroniques l’heure d’une prise de traitements, peuvent sonner même quand le téléphone est éteint.

L’institution a donc eu raison de ne traiter l’incident que sous l’angle de la perturbation sonore. Pour prévenir de tels incidents, des rappels réguliers en début de séance demandant d’éteindre les portables et de désactiver les notifications automatiques peuvent être utiles. Et un débat sur l’utilisation des smartphones dans l’enceinte de l’établissement peut s’avérer plus efficace que de simples rappels au règlement intérieur, toujours nécessaires mais insuffisants.

On peut par exemple proposer plusieurs situations et demander si les élèves, à la place des enseignant-es, sanctionneraient la perturbation sonore, et pourquoi, selon que le téléphone sonne pour prévenir que sa grande sœur va accoucher, que l’heure de la prière arrive, qu’une occasion en or se trouve sur un site de vente de chaussures ou que la mise à jour d’un jeu est disponible et téléchargeable gratuitement seulement pendant une heure. Les discussions qui s’ensuivent permettent aux élèves d’exprimer leurs priorités, et à l’enseignant-e de justifier concrètement les choix de l’institution en matière de temps scolaire, donc de mieux les faire accepter.

Pratique :
« Des élèves arrivent à empêcher un goûter. » ?

Nous apportons des réponses pratiques ou des éclairages aux témoignages publiés dans un hors-série de Charlie Hebdo. Dans cet article, retour sur un goûter pendant le mois de Ramadan.

Professeur en collège en Seine-Saint-Denis, S. énumère page 38 ce qu’il considère comme des « exemples concrets » d’atteintes à la laïcité, parmi lesquels « deux élèves qui arrivent à empêcher le ‘goûter’ lors du dernier cours de l’année, car on est en pleine période de ramadan (personne n’a osé apporter bonbons, gâteaux, boissons). »

Le témoignage n’explique pas comment deux élèves sur une classe entière ont obtenu ce résultat. Si c’est par la menace ou la contrainte, alors il est nécessaire de les sanctionner après une enquête contradictoire reposant sur des témoignages. L’école laïque ne peut forcer deux élèves à manger un goûter s’ils ne le veulent pas, mais elle ne saurait tolérer des méthodes coercitives imposant à toute une classe un interdit religieux.

Cependant, rien dans le témoignage n’évoque des menaces ou des pressions. S. explique que « personne n’a osé apporter » de quoi manger ni de quoi boire. Il n’est donc pas impossible que les élèves n’aient rien apporté parce qu’ils et elles trouvaient peu convivial de manger et boire aux côtés de camarades qui ne le pourraient pas. Dans ce cas, la situation n’aurait rien d’une atteinte à la laïcité et témoignerait plutôt d’une bonne ambiance de classe.

Il est donc indispensable de fonder des accusations sur des preuves et des témoignages. Des adultes n’accepteraient pas d’être mis en accusation sur la base de rumeurs. Pourquoi devrait-on se le permettre à propos d’enfants ? On rappelle que ce type d’accusation a déjà été utilisée à des fins islamophobes. En octobre 2012, Jean-François Copé, en campagne pour l’élection à la présidence de l’UMP, avait affirmé : « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir et apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan.» Et de citer le cas d’un racket d’un élève par un enfant musulman… à une date où le jeûne était terminé.